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“Enregistrée en janvier 2010 aux studios de la Muse en Circuit, la musique féérique et ultrasensorielle de ce trio singulier composé du percussionniste Toma Gouband (à l’origine du projet), du pianiste Benoît Delbecq et du guitariste Nelson veras (soit trois têtes rêveuses parmi les plus libres des musiques actuelles) aura mis plus de six ans à nous parvenir sans rien perdre pour autant de sa fraîcheur d’inspiration ni de sa fondamentale originalité langagière. Sur un répertoire constitué essentiellement de compositions signées par Gouband (seule la première plage est entièrement improvisée), les trois musiciens inventent une musique funambulesque, pleine de grâce et de uidité organique, développant dans le cadre de formes et de dispositifs précisément dé nis, un discours mouvant fait d’ellipses et de sous- entendus, tout en accentuations gestuelles, énergies contrôlées, polyvitesses enchâssées et contrepoints instantanés d’une grande sophistication. Entre les ux oniriques du piano préparé de Delbecq, les phrases subtilement discontinues et pleines de douceur de la guitare abstraite de veras et l’enchevêtrement polyrythmique des percussions délicieusement minimalistes de Gouband, c’est un monde enchanté qui peu à peu prend forme, tirant l’essentiel de sa poésie d’une “présence au monde” magistralement restituée par l’incomparable ingénieur du son Etienne Bultingaire, décédé prématurément l’année dernière.”
Stéphane Ollivier.

**** jazzmagazine

http://www.jazzmagazine.com

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Citizenjazz 11 octobre 2016, par Nicolas Dourlhès

A partir d’un matériau de départ constitué de données chiffrées et de cycles abstraits apporté par le batteur Toma Gouband, ce trio développe un univers empreint de poésie et de mystère. Adepte d’une musique organique et d’un instrumentarium qui dépasse le simple set de batterie, Toma Gouband joue, en effet, de cloches ou lithophones et effectue une déréalisation de l’appareil rythmique au bénéfice d’une approche plus coloriste. Aidé en cela par le piano préparé de Benoît Delbecq qui double les séquences percussives de sonorités étranges et cotonneuses, l’atmosphère globale s’étend en vastes espaces sonores lisses sur lesquels l’attention se laisse aller au hasard d’événements aussi imprévisibles que diffus.

Sur ces cliquetis permanent d’une grande richesse timbrale, des traits évanescents prolifèrent dont on ne saurait saisir ni la forme ni la finalité. Delbecq, comme à son habitude, exécute quelques phrases cristallines dont l’éclat gomme la complexité et les dissonances tandis que Nelson Veras avec beaucoup de discrétion parvient à donner encore plus d’étrangeté à l’ensemble en imposant une présence/absence qui maintient le trio dans les limbes.

Au fil des pistes, on plonge ainsi dans les écoulements d’une eau bleutée où s’entrechoque une matière minérale qui n’est pas le seul fait des pierres jouées. Tout un monde à la fois naturel et rêvé semble alors se diffracter dans cette musique méditative qui ne développe ni début ni fin.S’appuyant sur des expérimentations quelques peu absconses dont témoignent quelques intitulés de pièces (“56472”, “Explor 2”, “564721”), elle n’en développe pas moins une douce sensualité qu’une écoute répétée ne fait qu’accentuer.

Affleure ainsi à la mémoire ridée du souvenir, la silhouette diaphane d’un Monk mystérieux ou d’autres évocations personnelles de l’ordre de l’intime. Cette musique enregistrée en 2010 à la Muse en Circuit ne nous parvient seulement qu’aujourd’hui. Par delà un passé désormais éteint, elle atteint avec délicatesse le cœur de celui qui l’écoute et participe au charme secret mais prégnant de ce disque au titre imprononçable.

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